lundi 3 novembre 2014

Sur la route des vacances, il y a… des feux

C’est la rentrée aussi après les vacances de Toussaint qui furent bien remplies.
Nous sommes restés ici la première semaine et les enfants ont bien profité de leur stage de taekwondo et la piscine au CAR les matins, puis l’après-midi avec leur cours de peinture et dessin. Et moi, j’ai fait le taxi toute la semaine !
La deuxième semaine, nous avons loué une maison à Majunga/Mahajanga, au nord-ouest de Madagascar, juste à 542 km d’ici : 7h en voiture selon google map, mais dans les faits il faut 11h, sans pause réelle (juste pipi avec changement de conducteur, repas et grignotage étant pris dans la voiture, trop chaud dehors de toute façon)…
Donc, commençons par la route des vacances : départ à 5h40, arrivée à 16h30, environ 50km/heure (il faut reconnaître que notre voiture est un veau, aucune reprise en côte) !
L’avantage, puisque nous sommes presque directement sur la RN4, est que nous évitons les embouteillages de Tana : ouf, une heure de moins !
Dans l’ensemble la route est bonne, pas trop de trous sauf quelques passages, mais du coup, quand on est bien lancé, on les voit moins et il arrive que l’on se fasse bien surprendre, car si l'on arrive bien à slalomer pour en éviter un puis deux, au troisième inévitablement invisible cela secoue drôlement ! Il y a également beaucoup moins de circulation que la route de Tamatave, peu de gros camions, cela est plus tranquille. Et la descente des hauts plateaux se fait plus en douceur, les virages sont moins tortueux, ce qui n’empêche pas Ottavio d’être néanmoins malade.
Ce qui frappe vraiment, c'est l’importance des feux de brousse. Cela semble hélas courant en fin de saison sèche.
J’ai découvert ce site de surveillance des feux par satellite de la Nasa et l’on voit effectivement que l’activité était très intense dans cette région sur cette période : http://firecast.conservation.org/DataMaps/LiveView# 
Il s’adresse à tout décideur, privé ou public, qui s’inscrit pour recevoir des alertes et peut ainsi décider ses actions en connaissance de cause.
On y voit aussi que l’activité est très répandue sur l’ensemble de Madagascar, mais pas seulement, en face au Mozambique cela n’a pas l’air mal non plus…
A force de pratiquer ces feux, il ne reste plus grand chose sur les montagnes : outre des paysages calcinés quand cela est tout récent, cela donne des paysages pelés, les arbres sont rares.


Tout pelé

Feu très récent, cela fume encore

feu actif
au loin
La pratique est ancestrale, le « tavy » ou agriculture sur brûlis vise à enrichir la terre cultivée. Objectif raté car après quelques années, le sol devient hélas stérile, mais les paysans le savent-ils seulement ? L’éducation, même à minima, pourra-t-elle enrayer ce phénomène auprès des jeunes générations ?
L’autre pratique ancestrale est celle des éleveurs de zébus qui brûlent la terre pour faire repousser de l’herbe fraîche pour le bétail, en attendant la saison des pluies. J’ai lu aussi que les bœufs ne seraient ainsi pas tentés par les rizières, mais il y a assez peu de rizières dans les coins que nous avons traversés. Le problème est que cela pouvait aller quand les éleveurs étaient moins sédentaires car une « parcelle » n’était pas brûlée deux années de suite.
Ces feux serviraient aussi à récupérer le charbon de bois pour la consommation personnelle et surtout pour la vente, car c’est encore le combustible n°1 pour le chauffage et l’alimentaire. Des centaines de ballots de charbon sont en vente aux bords des routes et à Tana.
Le fourrage (comme ici vers Andasibe en juin dernier) est emballé dans les mêmes sacs que le charbon. Mais le charbon  est aussi vendu, surtout en ville, en très petites quantités, par poignée seulement
Désormais, cela prend de telles proportions que c’est une vraie balle dans le pied que les malgaches se tirent, une de plus diront certains. 
Paragraphe intéressant aussi ici :
« L'agriculteur défriche sommairement un arpent de forêt en y mettant le feu et, dès les premières pluies, sème les graines. Au cours des trois premières années, si les conditions climatiques sont favorables, les rendements sont satisfaisants sans que la force de travail investie soit importante, un atout compte tenu des surfaces cultivées. Mais par la suite, ils ne cessent de diminuer pour atteindre des niveaux très bas après cinq à six années de culture. Cet effondrement s'explique par un appauvrissement des sols et l’envahissement des parcelles par les mauvaises herbes. Ces dernières pourraient être éliminées par un important travail de sarclage, rarement réalisé du fait de l’étendue des terres mises en culture. Les agriculteurs se contentent le plus souvent de brûler les pailles de ces mauvaises herbes en fin de saison sèche, pour en limiter la prolifération. Après avoir cultivé une même parcelle pendant cinq à dix ans, l'agriculteur se trouve contraint de l'abandonner au profit d'une nouvelle défriche. Et les terrains défrichés laissent, au fil du temps, place à des trous béants sur tous les flancs des montagnes, les « lavaka ». »
Enfin il y a une autre explication lue sur le site de RFI à ces phénomènes de feux de brousse répétés, plus contemporaine : ce serait la manifestation d’un mécontentement politique.
« La pratique traditionnelle ? Oui, mais pas seulement. Selon Bernard Razafindrakoto, allumer un feu est aussi une manière de protester contre l’Etat central, qui n’assure pas sa mission principalement dans la lutte contre l’insécurité.
Dans de nombreuses communes, les paysans ont mis sur pied, il y a plusieurs années, des quartiers mobiles pour faire des rondes. Le quartier mobile comprend cinq personnes par commune. Ces cinq hommes ne touchent pas de salaire, c’est la communauté qui leur verse des indemnités.
Pourtant, ils font le travail de la gendarmerie - le maintien de la sécurité -, mais l’Etat ne s’en occupe pas. A Madagascar, la population rurale représente près de 80% de la population totale. »

J’en avais déjà entendu parler au moment des élections l'année dernière, j'ai cependant du mal à adhérer à cette version.
En revanche je veux bien croire que le manque de sécurité et de régulation de la part de l’Etat soit responsables en partie de ces feux : aucune réglementation, ou du moins personne pour la faire appliquer sur ces vastes étendues, pas de campagnes de sensibilisation, d’éducation pour enrayer cela… Les projets de reboisement subventionnés par diverses organisations ne servent à rien si les pauvres petits arbres sont vite brûlés, comme nous l’avons constaté nous-même !
Des panneaux indiquent que le coin a été reboisé en 2007


Pourquoi est-ce si nocif et alarmant ?
Les sols s’appauvrissent, seules quelques herbes repoussent, qui ne retiennent alors plus la terre, qui s’effondre littéralement en de multiples endroits, rien n’arrête le vent non plus.



Or les éboulements provoquent l’ensablement des rizières et le tarissement des sources d’eau…

Les rares rivières sont rouges de latérite en permanence, et la saison des pluies en charrie des tonnes à la mer. Ce n’est plus l’île verte mais l’ile rouge, l’hémorragie de la terre : les images satellites de l’estuaire de la Betisboka, le plus long fleuve de Madagascar, font peur :
http://en.wikipedia.org/wiki/Bombetoka_Bay
Les conséquences sont également désastreuses pour la faune et la flore, mais les populations sont encore loin de ce type de préoccupations environnementales : des espèces endémiques à Madagascar de végétaux et d’animaux disparaissent.
Dans une moindre mesure ces feux participent à la pollution de l’air, et cela est sensible et visible jusqu’ici à Tana où cela "sent" le brûlé et où il flotte quelquefois une brume fumeuse.

Ajout le lendemain, le 4/11 vers 18h :
Le coucher de soleil hier au soir était superbe, il pleuvait légèrement en même temps, estompant les fumées, le voici donc.


Et celui de ce soir est impressionnant, par contraste, illustrant parfaitement le paragraphe du dessus sur les feux sensibles jusqu'ici. L'odeur de ce soir ne trompe pas non plus, et cela pique les yeux...

Le soleil n'est même plus visible à 18h...

Sinon, « ♫ sur ma route, ouuii ♫ » … il n’y a pas que des feux de brousse, il y a aussi eu des mangues à la pelle. Les manguiers, bien souvent immenses (cela fait de la peine lorsque l’on en voit desséchés par le feu…), croulent : les gens essaient de faire tomber les fruits les plus mûrs en lançant des bouts de bois, on voit des noyaux de partout. Et elles sont délicieuses bien-sûr, nature, en jus…



Quelques beaux ponts à nouveau sur notre trajet, dont certains qui nécessitent la pesée des poids lourds en amont.

La Betsiboka presque à sec. Cela doit être encore plus impressionnant quand tout est inondé autour
En effet, l’année dernière l’un des nombreux ponts de la RN4, le Kamoro, avait été endommagé comme le rappelle la pancarte à son entrée (je ne suis pas sûre néanmoins que l'image corresponde à celle de ce pont précis).



L’approvisionnement en gaz de la capitale, notamment, avait été un temps limité en mars-avril dernier provoquant une mini-psychose (« t’as pu trouver du gaz, toi ? », « il paraît qu’il y en a à telle station », « faîtes vos réserves, attention… »), le temps que le pont, datant de la colonisation, soit un peu rafistolé.
Majunga est un des principaux ports d’importation du gaz où il y a directement l’usine de conditionnement en bouteilles. Pas de pont = pas de camion = pas de bouteilles transportées en nombre.
Ce pont n’a pas vraiment été réhabilité depuis et menace de s’effondrer (suspendu depuis 262m de hauteur tout de même), il faut slalomer car il y a des lames de métal qui manquent ! La charge d’un camion ne doit pas dépasser 25 tonnes, sachant qu’un camion citerne plein pèse 40 tonnes, 20 vides, il ne lui faut donc que 5 tonnes de marchandises pour passer ce pont…
Voici une des stations de pesée, mais est-ce bien respecté ?



Sur la route, il y a enfin différentes habitations, mais elles méritent à elles seules un article à part, cela viendra donc en son temps.

Je finis tout de même cet article avec une petite photo de la famille en brousse, au parc Ankarafantsika, où nous nous sommes arrêtés une nuit lors du retour, là aussi, je reviendrai dessus une prochaine fois !

jeudi 23 octobre 2014

Histoires d'eau

La saison sèche est censée commencer à toucher à sa fin mais il n’en est rien du tout (première grosse pluie ce 19/10 seulement, et encore plus rien depuis), et cela ne semble pas nouveau.
Le riz est traditionnellement replanté en ce moment mais il est conseillé dans la presse de « reculer » ce repiquage. En effet, le début de la saison des pluies paraît d’année en année plus tardif, alors que sa fin est de plus en plus précoce (dès début mars pour l’année 2014 dans mon souvenir). Même si les averses sont impressionnantes par leur intensité, la saison des pluies ne suffit visiblement plus à fournir l’eau nécessaire à l’agriculture et aux consommations ménagères.
Résultat = le riz repiqué, à certains endroits, a les racines à sec : le sol y est fortement craquelé, compromettant ainsi la future récolte.

Au club de loisirs où je me suis investie, il a fallu creuser un puits profond de 7m avancé au bord du lac, qui a fortement reculé (d’ailleurs impossible désormais de partir en kayak sur le lac, il n’y a pas assez d’eau au départ !).

Outre ces problèmes, liés aux changements climatiques dirons-nous, Madagascar cumule avec un énoOOOorme problème de gestion de l’eau.

La Jirama, société d'Etat qui gère à la fois l’électricité et l’eau à Madagascar, est en faillite permanente. Elle est en passe de changer de statut pour devenir une société commerciale. Ses infrastructures datent de la colonisation en gros et ne sont que très peu entretenues, c’est peu dire.
Les gens sont excédés par ces coupures incessantes, j'ai même découvert une communauté Facebook "Jirama trop nul", trop "lol" !
Il y a de nombreux endroits où je vois l’eau fuir depuis plus d’un an sans que rien ne soit fait, le gaspillage est de mise, sans même parler des détournements voire de la corruption, qui, dit-on, sont courants.
Petite fuite quotidienne très typique
Conséquence, il n’y a pas assez d’eau pour tout le monde : tout comme l’électricité et ses délestages, (certains quartiers sont systématiquement plongés dans le noir de 18h à 20h ou plus), les usagers de la Jirama connaissent d’importantes coupures d’eau, parfois très longues, la plupart du temps en journée (mais il arrive que les deux coupures se produisent en même temps bien-sûr !).
Cela donne des scènes hallucinantes de queues aux fontaines publiques : les gens laissent leurs bidons jaunes vides devant la borne à eau durant la journée, encombrant même la route (je pense qu’à la base il s’agit de jerrican d’essence ou d'huile). Je n'ai pas osé photographier les plus importantes tant les bidons et les gens sont quelquefois nombreux.
L’eau revient en général dans la nuit, les gens vont remplir leurs bidons à des heures impossibles, type 2-3h du mat, avec toute l’insécurité que cela implique et sachant que dès 4-5h les premiers travailleurs se remettent en route.
Ah oui, quoi, des bornes à eau ? Hé oui, l’accès individuel à l’eau n’est réservé qu’aux privilégiés !
`

Là aussi les scènes font peur pour 2014 (lien vers un article parlant d'anachronisme aussi http://www.lexpressmada.com/blog/opinions/un-grand-ecart-intenable-entre-modernite-et-anachronisme-17606), on voit de jeunes enfants porter de gros bidons d’eau, pousser des chariots chargés de bidons pleins… J’ai lu quelque part que 75% des habitants de Tana en étaient réduits à se fournir à ces bornes/fontaines publiques.

Juste des adultes ici, mais ce n'est pas toujours le cas
D'où aussi, les indispensables lavoirs dans chaque quartier, plus ou moins modernes, où les femmes lavent le linge à la main (avant de le faire sécher à même le sol ou sur les rares arbres comme évoqué précédemment).
Lavoir et borne à eau tout neufs


Lavoir en béton pas très moderne





Autre conséquence, l'accès aux sanitaires : très peu sont individuels là encore, il y a plusieurs wc et douches publics, mais encore 15% de la population de la capitale se voit réduite à faire ses besoins à l’air libre… Certains canaux du quartier de 67ha sont assez terribles pour cela. 
Il ne se passe pas un seul trajet sans que je ne vois quelqu’un uriner sur le bas côté le plus naturellement du monde, sans vraiment prendre le soin de se cacher, voire plusieurs fois dans un même court trajet. Pas moyen de faire autrement pour la plupart. Il y a aussi la version cabanes qui donnent directement dans le ruisseau/canal, où tous puisent pour laver le linge, la vaisselle...

image récupérée ici
Des stations d’épuration ? Je ne sais même pas s’il en existe une sur Tana… Il semble qu’il y ait eu un projet en 2012 mais je n’ai pas trouvé d’info plus récente ! 
On parle surtout de curer les canaux (80km) pour éviter leur engorgement, ainsi que les égouts encombrés, quand il y en a ou qu’il en reste…

Bref, y'a du boulot...


lundi 6 octobre 2014

Garder l'oeil ouvert

Octobre est déjà là, pfiou que le temps passe vite, mais c’est bon signe me direz-vous !
Les semaines se suivent à une allure folle, c’est sans doute la même chose pour vous tous, chers lecteurs…

Bien que ne me sentant plus totalement étrangère ici, je ne me sens pas encore non plus vraiment à ma place, je ne suis pas sûre de vraiment m’y sentir un jour d'ailleurs, nous avons une telle différence de niveau de vie d’avec la plupart des gens que cela éloigne et isole forcément.
On pourrait aussi dire que je me sens encore un peu « neuve », donc j'essaie de garder l’œil ouvert, et l’appareil photo à portée de main, pour pouvoir partager avec vous mes étonnements. 

Aujourd’hui en voici donc quelques uns, qui prêtent plutôt à sourire :

J’ai déjà parlé ici de la quasi absence de panneaux de circulation. Il y en a bien quelques uns, mais ils sont alors, comme sur cette photo, tellement bien camouflés qu’il en devient difficile de les voir !

En Europe les paquets de cigarette sont répugnants. Comme je ne fume pas, je n’ai pas fait attention ici, mais il est vrai que cela ne fonctionne pas vraiment étant donné la stabilité, voire l’augmentation continuelle, du nombre de fumeurs…
Cet avertissement sur un mur de maison m’a amusé, je ne suis pas sûre qu’il soit très dissuasif non plus !

Pour en avoir vu en épicerie je sais que la cigarette basique est vendue 100 Ariary l’unité, soit 0,03 cents d’euro. Sinon la marijuana est ici appelée « rongony », et il paraît qu’il existe déjà tout un trafic à et autour du lycée, ce qui ne me rassure guère pour mon petit… L’association des parents d’élèves organise une conférence de sensibilisation au cours de l’année pour les 6è et 5è : comme je trouvais cela tôt, on m’a assuré que au contraire, c’était trop tard pour les 4è-3è, le discours sanitaire n’est déjà plus entendu à cet âge-là alors qu’il est mieux compris et assimilé chez les plus jeunes. Quand on sait que les ravages se font surtout sur les jeunes cerveaux, non finis, cela incite à la prévention.

Comme déjà écrit, tout est transporté et transportable ici, par tous les moyens possibles et imaginables.
Ce qui donne quelques surprises comme ici, dans l’embouteillage pour aller au lycée un samedi matin pour une réunion parents/profs.
 Appétissants ces gâteaux à la crème directement sur la plage arrière, non ?


Et voici les œufs en vélo, pas mal non plus !
Difficile d'être à la fois conductrice et photographe, merci à Geneviève donc !
Les œufs sont aussi transportés dans de grands paniers avec beaucoup de paille et d’herbe sèches pour amortir les chocs. Je ne sais pas s’il y a beaucoup de pertes mais en tout cas ceux qui les portent adoptent le même comportement que tous sur la route, très périlleux pour eux et pour leur cargaison si fragile sans doute.
La poule et le coq sont aussi transportés à la main à l’unité, il faut que j’arrive à faire un cliché.

Dans le même esprit il y a le porc vivant sur la mobylette (si-si, il était bien vivant, j’en ai déjà vu des entiers ou demi sur vélo moins bien portants : bah, pas beau à voir).


Tomber en panne, cela arrive souvent, mais pouvoir faire réparer, c’est autre chose. Voici donc le minibus abandonné et sans doute en partie désossé sur place. On peut se demander si la charrette en dessous est là pour l’emmener en réparation, sauver ce qui reste par le proprio ou bien rafler ce qui reste !


Allez, j’arrête là pour cette fois. 
Mais si un jour je ne remarque plus tout cela, est-ce que cela voudra dire que je me sentirais vraiment à l'aise ? Non, je pense que cela signifiera que je suis blasée, et ce sera bien pire, mais j'espère bien ne pas en arriver là !

A bientôt !


mardi 16 septembre 2014

Rentrées

Le retour de France a été un peu long mais a néanmoins pu être direct malgré les grèves, nous ne nous plaignons donc pas.
Un essaim de criquets nous a souhaité la bienvenue à Ambohibao ce vendredi 29 août, c’était très impressionnant.


Passée la première frayeur, les enfants sont finalement sortis de la maison avec leurs pistolets à eau pour les déloger du jardin. C’est un moment qui restera gravé dans leurs mémoires je pense !
N’ayant pas de culture particulière dans notre jardin, les criquets ne s’y sont pas trop attardés. Par contre, ils nous ont laissé une multitude de crottes et beaucoup de poussières ! Leur présence à Tana est exceptionnelle, ils sont normalement à plus basse altitude. Mais il semble que la température anormalement chaude pour la saison soit en partie responsable de leur venue (en effet, il a fait bien chaud, bien plus que l’année passée à la même période – mais depuis il fait de nouveau frais). Il paraît que du DDT avait été vaporisé la veille sur notre quartier, rendant malades certaines personnes (en France c’est totalement interdit d’utiliser de tels insecticides en zone urbaine, pas ici visiblement), oups !

La rentrée des écoliers se passe plutôt bien :
Achille appréhendait surtout de ne pas retrouver de copains dans sa classe (il n’y avait qu’une trentaine de CM2 l’année dernière et il y a cette année 8 classes de 6è de 23-24 élèves au collège) : il est avec l’un d’eux, qu’il apprécie, et se trouvait alors tout de suite plus serein, voire trop cool.
Dix jours après la rentrée il commence à comprendre que cela va être rude pour lui : levé à 5h30 tous les jours, départ du bus à 6h, 33h de cours dans la semaine (-2h une semaine sur deux), arrivée à la maison à 18h15 au plus tôt… Avec les devoirs la veille pour le lendemain bien-sûr. Un vrai rythme de « warrior » !
Du coup, nous nous couchons aussi presque comme les poules, et je pense que nos soirées et week-end seront un peu moins festifs que l’an passé.
Ottavio lui a l’air plutôt satisfait de sa rentrée même s’il est séparé de sa grande amie (lui est dans la classe de CP unique et elle en GS/CP). Il est content d’être désormais dans la cours de récrée des grands et a eu une phrase très mignonne le soir de la rentrée : « oui, c’était bien mais, par contre, je ne sais toujours pas lire ». C’est fou comme, sans le vouloir, on met une pression d’enfer sur nos petits : « Tu rentres au CP ? Super, tu vas apprendre à lire ! ». Certes, mais bien souvent on oublie de leur préciser que cela ne se fera pas en un jour !
Je suis heureuse d’être disponible et de pouvoir les accompagner au plus près (même si je vois moins Achille concrètement) en ce début d’années importantes dans leur scolarité.

Et la mienne de rentrée ? J’ai retrouvé les copines avec plaisir alors que les amies qui sont parties me manquent déjà énormément… Concrètement je fais 3 petits déjeuners le matin, un avec Achille à 5h30, un autre avec Ottavio (et Flo quand il est là) à 6h30, et enfin un autre à 7h30 avec les copines à la cantine après avoir déposé Ottavio ! Et l'organisation du soir est presque militaire.
Sinon l’organisation et la gestion des activités périscolaires, la mise en route de celles de l’association des parents d’élèves, mes engagements au club de sports et loisirs… tout cela m’occupe pas mal l’esprit, je n’ai guère le loisir de cogiter.
Ai-je retrouvé avec plaisir les longues coupures d’eau de la Jirama, la cuve du surpresseur en panne pendant une semaine (pas une goutte d’eau pendant plus de 72h) et pour finir le modem cramé donc pas d’internet pendant 4 jours alors que ma moitié n’était pas là ? Cela est moins sûr mais bon, on devient un peu fataliste ici !
J’achète toujours un journal local quotidiennement, au même vendeur avec qui j’échange quelques mots, même si je ne le parcours que très rapidement car les nouvelles y étant rarement positives cela plombe vite le moral. J’y ai cependant appris que pendant que tout le monde lisait son livre, notre ex-future-Première dame Valérie était arrivée à Madagascar pour un reportage !
Transition vers ces quelques photos que je vous gardais en réserve pour finir sur une note locale :



Bien que ne coûtant que 400 Ariary (le prix d’un trajet de bus collectif en zone urbaine, soit 0,13 euros), le journal reste malgré tout un produit que la plupart des gens ne peuvent pas se permettre d’acheter. Il n’y a pas de kiosque non plus, mais l’affichage le long d’un fil avec des pinces à linge ou étalés à même le sol permet au public au moins de lire les Unes, il n’est donc pas rare de voir un mini-attroupement en début de matinée autour des journaux !

Bonne fin de mois de septembre à vous tous !