vendredi 3 avril 2015

Route Nationale 7 - 2ème partie

Reprenons…

Le paysage change ai-je dit, et l’habitat aussi : progressivement, les hautes maisons en briques rouges sont remplacées par des habitations basses en torchis, nous quittons l’ethnie des Betsileo pour les Bara, avant de rejoindre les Vezo sur la côte à Tuléar où ce seront les cases qui prendront le relais.

Petite halte déjeuner et ballade au site écotouristique d’Anja à Ambalavao : nous allons de nouveau à la rencontre de nombreux et beaux lémuriens et sommes impressionnés par leurs cris d’alerte à l’approche des rapaces, leurs principaux prédateurs.





Nous allons jusqu’aux grottes où les lémuriens se réfugient la nuit, et les enfants se défoulent bien sur un gros rocher en forme de semi-pyramide.












Et un autre beau caméléon















Nous reprenons la route qui se transforme franchement, nous pouvons faire des pointes à 100km car c’est quasi tout droit et il n’y a presque plus de trous ! Le paysage est de plus en plus sec,
Notre arrivée dans l’Isalo, surnommé le « Colorado malgache » se fait sous un temps gris et avec une petite bruine, mais nous restons confiants pour la suite.


Le parc national de l’Isalo est un immense massif de grès érodé datant du Jurassique (135 à 205 millions d’années) et qui s’étend sur près de 82.000 hectares, avec un relief « ruiniforme », du mot ruine donc, pas très haut mais imposant.
Nous nous arrêtons pour 3 nuits au Relais de la Reine, hôtel magnifique aux bâtiments en grès qui se fondent dans le décor.


Les chambres sont superbes mais pour 2, les enfants ont la leur et en sont tout surpris : ils sont tellement crevés qu’ils s’endorment finalement vite en ne venant nous voir qu’une seule fois pour vérifier que tout va bien !
Après un délicieux petit-déjeuner, nous nous rendons au bureau des guides au village de Ranohira et commençons notre ascension à la piscine naturelle puis la piscine noire.
Il faut marcher le long du ruisseau et les enfants ne tardent pas à avoir les chaussures trempées, tout comme nous d’ailleurs.
Notre guide n’est pas hyper communicatif et nous laisse pas mal nous débrouiller, on a connu mieux, tant pis.
Il fait un peu frais mais les enfants et moi ne résistons pas à une petite baignade tant l’eau est belle.
La piscine noire tente moins les enfants, ne pas voir le fond les chagrine. Je ne m’aventure pas non plus, ayant un peu froid.


Une autre cascade nous attend, mais Ottavio décide que nous avons suffisamment marché et le fait bien savoir ;), nous ne nous attardons donc pas !


Pause déjeuner sympathique à l’Isalo Ranch. Crevés, les enfants ne se baignent même pas dans la piscine !

En fait ils se sont réservés pour celle de notre hôtel, où la famille se détend le reste de l’après-midi. Il faut s’économiser, c’est que la journée suivante sera bien sportive…

Nous déposons Ottavio au centre équestre pour une ballade à cheval, et nous 3 nous équipons en casques et baudriers pour aller à l’assaut de la via Ferrata qui a été aménagée sur les blocs de rochers près de l’hôtel. Achille a quelques appréhensions mais se débrouille finalement très bien, ce fut un vrai régal et cela m’a donné envie de me remettre à l’escalade !


Lors de l’ascension, notre guide nous explique que, dans les anfractuosités de la paroi, sont déposés les corps des défunts des villages environnants, bien souvent au péril des vivants. Il faut dire aussi que ceux qui grimpent déposer les corps n’ont en général pas bu que de l’eau.
Sitôt la pause déjeuner, nous repartons en famille pour une petite ballade à pied autour de l’hôtel, paysages magnifiques encore.

A peine rentrés, Achille et moi repartons en VTT à une petite grotte puis le lac aux croco, mais le vélo d’Achille n’étant pas du tout adapté à son âge, nous devons renoncer après la grotte, au demeurant assez sale avec nos yeux d’européens car les offrandes traînent ça et là : miel coulant à même le sol, canettes ou bouteilles en plastique, morceaux de bougies…
Repos bien mérité le soir…

Nous reprenons notre dernière longue portion de route, destination Tuléar et Ifaty sur la côte, environ 4h pour 240km.
A une quinzaine de km de l’hôtel, nous approchons de la ville « nouvelle » Ilakaka (qui vient de faire l’objet d’un reportage d’Arte (je ne l’ai pas encore visionné, trop lent à télécharger, mais merci pour l’info SM) : fin 1998, un important filon de saphirs a été découvert, transformant en quelques mois ce petit village d’une dizaine de maisons en une ville tentaculaire horizontale le long de la route, de 20 à 50 000 habitants se dit-il, mais personne ne sait exactement en fait.



Je ne suis déjà pas fan des pierres précieuses en général, je n’insiste donc pas pour nous arrêter, d’autant que les conditions dans lesquelles ces pierres sont extraites ne donnent pas du tout envie, même s’il paraît que cela s’est amélioré. Le climat malgré tout ne paraît pas franchement sain, nous nous faisons d’ailleurs arrêter 3 fois par la police en 10km pour un contrôle de papiers (du véhicule, cartes de résident, passeports, tout) : tous attendent la « taxe touristique » mais comme nous patientons tranquillement cela passe. Il n’est pas conseillé d’acheter ses pierres là-bas, le racket à peine plus loin est quasi certain.
Au final, le saphir rapporte peu aux populations locales pour un travail très pénible et dangereux (les éboulements des galeries sont nombreux), tout en faisant augmenter les prix des denrées de base sur place. Thaïlande, Sri Lanka, Etats-Unis ou Afrique du Sud sont les pays d’où sont originaires les acheteurs qui sont de vrais professionnels, qui s’adressent aux mineurs, tous malgaches, ne connaissant pas vraiment la valeur de leurs pierres brutes, même si ce sera toujours plus qu’une récolte de parcelle de riz, c’est sûr.
Les règlements de compte et attaques sont soi-disant moins nombreux que par le passé, mais il est tout de même fortement déconseillé d’y dormir, voire de s’arrêter tout court.
Et franchement, la visite avec les enfants d’une mine non sécurisée ne nous a pas tenté.

Bref, la route est toujours belle, nous profitons d'une pause pour photographier tout de même une des bornes kilométriques de cette fameuse nationale.
Nous sentons franchement l’arrivée sur la mer, il fait vraiment chaud, la terre n’est presque plus rouge mais sablonneuse, et les maisons ne sont plus que de simples cases en branchages.

Ces cactus servent de barrière, on en voit aussi pour délimiter les cases ou même le chemin
La ville de Tuléar n’a pas beaucoup d’attraits, pas de beaux bâtiments, même décrépis, juste un carrefour où s’échouer pour certains. Nous nous arrêtons pour déjeuner au Corto Maltese, bistro rital à l’excellente cuisine (Ramanana notre chauffeur ne varie pas, lui, de son plat malgache). Il n’y a pas vraiment de plages à Tuléar même, vase et mangrove plutôt, pas très attirant pour les enfants.
Direction donc les plages et les hôtels d’Ifaty, à 22km au nord de Tuléar, desservis par une piste plus ou moins correcte (30 à 45mn environ) qui longe la côte jusqu’à Morondava si on la poursuit (mais son état est nettement plus dégradé ensuite).
La piste est bonne ici et très fréquentée
Nous arrivons enfin à notre hôtel paradisiaque, le bien-nommé « Paradisier ».



Nous avons juste le temps de nous tremper dans l’eau chaude de la mer et de la piscine avant que l’orage n’arrive.


Réfugiés dans notre beau bungalow, nous ne tardons pas à nous apercevoir que le style local luxueux, certes très joli, revêt un bon inconvénient : ses aérations permettent aux cafards (maousses) de venir se réfugier au sec (hey, pas fous les bestiaux !) : ils sont nombreux et grimpent de partout ! C’est une invasion dont se souviendront de nouveau les enfants, après les criquets, pendant un certain temps ! La moustiquaire ne sert pas que contre les moustiques et, ce soir-là, personne ne se relève de son lit une fois couché de peur de faire une seule petite ouverture dans la toile… Et encore, ce n’est sans doute qu’une petite partie de tous les indésirables existants dans les environs !
La journée du lendemain, notre avant-dernière, est consacrée au farniente, entre plage et piscine, trop dur.

Le samedi 4 mars, notre avion ne doit décoller qu’en début d’après-midi, Ramanana nous dépose et prend ensuite la route pour rentrer en finalement seulement 2 jours sur Tana.
Nous profitons donc de la dernière matinée pour faire une petite sortie en mer en « snorkeling ». Un vrai régal en famille et une grande première pour Ottavio qui s’est débrouillé comme un chef. Une première finalement aussi pour Achille car il n’avait pas vraiment pu le faire la dernière fois, la mer était trop agitée. Tous deux ont toutefois préféré leurs lunettes de piscine, trop difficile de dompter le tuba. 

Le courant  dans le lagon reste malgré tout fort et nous ne nous attardons pas trop, d’autant qu’Ottavio commence à se plaindre de maux de ventre, le début de ce qui se révélera être une très grosse gastro par la suite, dont il se remet encore (bien plus tard encore nous comprendrons qu'il s'agissait de la bilharziose).
L’aéroport de Tuléar paraît bien neuf, mais son tableau d’affichage des vols ne doit pas encore être opérationnel, ou alors c’est du « vintage » !


Et il a subi quelques dégâts déjà, fuite d’eau sans doute.

Nous ne sommes pas les seuls à attendre l’avion : le ministre de la culture et des télécommunications est dedans (au moins nous sommes sûrs que l’avion arrivera bien) et un comité d’accueil se met en place à l’extérieur, l’afflux des personnes est impressionnant.

Il fait une forte chaleur dans la salle d’attente et je pense qu’Ottavio approche les 40° en fièvre, mais tous mes médicaments sont partis vers les soutes… Il attendra 19h30 pour avoir du Doliprane, contribuant sans doute à son début de déshydratation…
En vol, très vite nous atteignons les nuages de pluie, il ne nous faut que 2h15 pour faire ces 1000km. Le survol des environs de Tana nous indique que la pluie n’a pas cessée un seul jour depuis notre départ, et ne cessera ensuite que vers le 20 mars…


Conséquences : toutes ces tentes des sinistrés, dont la plupart sont encore là aujourd'hui car le niveau baisse lentement, « welcome back »…

Prochains récits d’escapades : Antongona et Anjozorobe !
A bientôt !



jeudi 26 mars 2015

Route Nationale 7 - 1ère partie

Nous partons ce samedi 28 février aux petites heures pour rejoindre la route nationale la plus connue de Madagascar, la RN7 : près de 1000km pour passer de 1300m d’altitude au niveau de la mer.
L’incertitude plane, on nous annonçait un pont coupé à destination, et surtout, la veille, suite aux fortes pluies de ces 2 derniers mois, une digue a lâché, des éboulements et glissements de terrain ont fait plusieurs morts, et les photos circulant n’étaient guère encourageantes (l’une d’elle montrant Behenjy, à la sortie de Tana sur le début de la RN7, sous les eaux…). La capitale connaît depuis 2 mois de fortes pluies incessantes et inhabituelles.
Heureusement pour nous, cette nuit-là il n’a pas plu une seule goutte, l’eau s’est au moins retirée des routes à défaut des maisons.
Voici 2 photos d'à peu près le même endroit, à la sortie de Tana, Tanjombato, le long de l’Ikopa : maintenant les fours à briques ne sont presque plus visibles :

Certes la 1ère photo est durant la saison sèche (septembre 2013), mais cela donne une idée.
Nous sommes partis une semaine et il n’a pas cessé de pleuvoir à Tana, cela fait seulement 2 jours de suite qu’il ne pleut « que » le soir à l’heure où j’ai commencé à écrire ce récit (mais cela s’est arrêté au jour où je publie heureusement) !
Autant dire que nous étions bien contents de quitter cette drôle de ville, sa pluie, ses marmites sur les routes et ses affreux embouteillages !
Nous avons donc eu la version verte de la RN7 : quelques mois plus tard et c’est la version jaune et rouge, voire noire avec les feux de brousse.
Grâce à la Nautamine® découverte ici, pas de malades dans la voiture, ouf  : la route est sacrément sinueuse, sans compter qu’il faut slalomer entre les trous tout en étant bien secoués car impossible d’échapper à certains d’entre eux (jusqu’à Fianarantsoa en gros) ! Nous sommes vraiment très contents d’avoir demandé au chauffeur de l’entreprise de faire le voyage avec nous, cela change tout, nous sommes beaucoup moins fatigués !
Rapide pause petit déjeuner à Antsirabe (à 170km de Tana), où il serait agréable de s’arrêter plus longuement une nouvelle autre fois. Quelques km avant Ambositra (à 90km d’Antsirabe), nous découvrons ce pont cassé net, resté en l’état depuis 2008 nous dit-on. Il y en a néanmoins un nouveau un peu plus loin.

Ambositra est un gros bourg qui réunit beaucoup de monde, le samedi notamment, jour de marché. La « ville » et ses environs sont surtout connus pour l’artisanat sur bois, mais on trouve de tout bien-sûr. Nous visitons un atelier de sculpture où, comme dans d’autres ateliers, la personne réalise un petit objet en deux temps trois mouvements avec presque rien comme outil dans les mains.

Nous décidons ensuite de monter au Rova qui domine la ville, annoncé proche dans les guides : en fait il faut bien 30 à 45mn de piste et le 4x4 se révèle indispensable ! Mais la vue en montant et sur place y est splendide. 

Peu d’explications cependant, le gardien des lieux est muet, nous comprenons à ses gestes qu’il nous demande des vêtements, mais nos valises sont à l’hôtel…


Le soir nous avons la surprise de trouver au dîner l’ancien trésorier de mon association à l’école : il a déménagé en fin d’année scolaire et c’est donc un vrai plaisir de le retrouver et échanger des nouvelles !
Nous reprenons la route le lendemain matin pour faire un premier stop aux abondantes chutes d’Andriamamovoka et au parc national Ranomafana (qui veut dire « eaux chaudes » : il y a des bains au village à 7km du parc, mais nous ne nous y sommes pas arrêtés), où nous faisons une petite marche pour nous dégourdir les jambes dans les restes de la forêt humide primaire tout en apercevant quelques lémuriens dont on ne se lasse pas. Ceci représente un petit détour sur la RN25 et 45, qui n’ont plus que le nom de route nationale après le parc quelquefois… Mais il paraît que la portion de la RN7 que nous évitons ainsi est encore pire.


Nous avons eu la chance de voir des « hapalemur aureus » (doré), endémiques de ce parc et découverts en 1986 seulement : il grignote de jeunes pousses de bambou qu’il fait tomber au fur et à mesure, gare à la tête !
la pousse de bambou dans la patte gauche

Au passage, nous rencontrons un mini porc-épic ou plutôt un « tenrec zébré » : très affairé à fouiller l’humus pour trouver des vers et insectes, il se rend à peine compte de notre présence et sursaute seulement quand on le touche, trop mignon ! Evidemment, son habitat se réduit, il commence donc à être menacé aussi, et comme en plus il est consommé par les populations... 


















Je découvre aussi l’arbuste et la fleur de gingembre






Et nous restons scotchés par les champignons rouges comme ici, jaunes ou violets.










Ces lézards verts à queue bleue sont magnifiques.









En fin d’après-midi nous arrivons finalement au Lac Hôtel à Sahambavy, à 20km à l’est de Fianarantsoa : idyllique, même s’il fait vite frais.


J’adore l’ancienne cabine téléphonique oeuvre d'art !


Nous visitons le lendemain matin la seule plantation de thé qui se trouve juste à côté et qui fournit le producteur national TAF : 300 hectares d’arbustes à thé, que je vois aussi pour la première fois. Seules les têtes sont récoltées, 2 fois par an. C’est un thé noir assez fort.



Le thé est séché avec les ventilateurs, trié, puis fumé, hâché finement (enfin, il y a différentes épaisseurs donc qualités). Je regrette vraiment de ne pas avoir pris des notes tout de suite après la visite parce que, forcément, 4 semaines après, j’ai oublié combien il fallait récolter de feuilles pour faire un tonne de thé, quel est l’ordre exact des différentes opérations, combien de personnes travaillent à plein temps sur l’exploitation… Je me sens un peu nulle sur ce coup-là, désolée !

Nous nous arrêtons ensuite dans Fianarantsoa au labo du célèbre photographe malgache Pierrot Men (lien vers portrait récent de La Croix pour ceux qui ne connaissent pas), qui saisit la vie quotidienne des Malgaches comme nul autre, avec des contrastes parfois très forts. Certains clichés, anciens, pourraient avoir été pris aujourd’hui.
C’est toujours le même labo malgré son succès international depuis. Nous avons la chance de le rencontrer, il travaille sur place en ce lundi matin : très gentil, il discute 5mn avec nous et commente les photos que nous avons choisies.

Les troupeaux de zébus sont toujours très nombreux sur la route, nous approchons d’Ambalavao qui est la plaque tournante de ce commerce dans la région, mais aussi donc de son trafic avec les dahalo/voleurs de zébus. C’est d’ailleurs en partie pourquoi il est désormais totalement déconseillé de conduire après 17h.




Le paysage change, les rizières se font plus rares et de gros blocs apparaissent, l'Isalo n'est plus très loin (prononcez "Ichale"), la route devient rectiligne aussi, mais je m’arrête là dans l’immédiat car il faut maintenant charger les photos (c'est 5mn par photo ;( )...

A suivre !